Etat des lieux


En France, la population dispose d’une distribution d’eau potable et d’un raccordement d’assainissement relativement généralisés mais pas assez conformes aux normes sanitaires et environnementales. Le productivisme industriel et agricole affecte gravement la qualité des eaux (selon l’IFEN-MNHN, 2/3 des eaux de surface sont polluées et 1/2 des eaux souterraines). Enfin, le modèle dominant en France de la gestion de l’eau déléguée aux multinationales provoque une recherche systématique du profit par ces dernières, une fuite en avant vers des solutions technologiques coûteuses, voire dangereuses pour la santé et l’environnement, et un gaspillage persistant de l’eau.

A Montpellier, la distribution de l’eau potable et l’assainissement sont de la compétence de la communauté d’agglomération. La gestion de l’eau (distribution de l’eau potable et assainissement) est déléguée à Veolia depuis 1989 et le contrat se termine en 2014. Eau Secours 34 demande un retour en régie publique qui est le seul mode de gestion qui garantisse que la facture de l’usager ne sert qu’à l’entretien et l’amélioration du service, à la différence de la délégation du service au privé où une partie de la facture de l’usager sert à distribuer des dividendes aux actionnaires.


Qualité de notre eau potable


Les sources de contamination de l’eau sont multiples : agriculture (engrais et pesticides), activités industrielles (PCB, métaux lourds, molécules de synthèse, radioactivité, nano particules), rejets domestiques (médicaments, hormones de synthèse…). Par exemple, nous savons maintenant que le Rhône est fortement pollué par les PCB et par d’autres produits, perturbateurs endocriniens (pesticides, résidus médicamenteux) dont les effets sont insuffisamment étudiés mais reconnus dangereux.

L’eau potable à Montpellier a pour origine principale une eau brute pompée dans la source du Lez et traitée à la station Arago. De l’eau brute pompée dans le Rhône (BRL) et traitée aussi à la station Arago assure le complément lorsque nécessaire. L’eau de la source du Lez semble être de meilleure qualité que celle pompée dans le Rhône qui est contaminée notamment par les pesticides et métaux lourds. Cependant, il est difficile d’en juger compte-tenu de l’indigence de l’information fournie à la population. Les modalités de traitement de l’eau du Rhône doivent être étudiées sérieusement, sachant que c’est principalement l’eau du Rhône qui fournira l’apport d’eau supplémentaire que nécessite la croissance démographique dans la région Languedoc-Roussillon.


Face à ces risques, le recours à la consommation d’eau en bouteille ou l’usage d’installations individuelles de traitement de l’eau ne peuvent constituer une solution pour tous. L’eau en bouteille est de qualité souvent discutable (son plastique peut contenir du Bisphénol A) et son coût est 400 fois plus élevé que celui de l’eau du robinet.


Principes et exigences


I. Agir en faveur de la protection des ressources en eau

La protection des ressources en eau passe, d’une part par un respect de la réglementation qui recommande la mise en place de périmètres de protection des zones de captage d’eau potable (64% d’entre eux n’en bénéficient pas) et qui impose la non culture des zones bordant les cours d’eau et, d’autre part par des actions privilégiant la protection des eaux brutes et la prévention des pollutions plutôt que leur traitement technique (encouragement d’une agriculture respectueusement de l’environnement et économe en eau, proscription de l’utilisation de pesticides dans les collectivités publiques et les réseaux routier et ferré).

A Montpellier, L’Etat a instauré un périmètre de protection autour de la source du Lez. La nécessaire extension de ce périmètre se heurte aux intérêts des agriculteurs et des promoteurs immobiliers et aménageurs publics. Sans cette extension, il n’y a pas de réelle garantie sur la qualité de l’eau brute que fournira à l’avenir la source du Lez.


II. Mieux traduire la Directive Cadre Européenne dans le droit français

Nous invitons tous les citoyens à interpeller leurs députés européens afin que soient supprimées de la directive les dérogations de non atteinte à la bonne qualité des eaux en 2015. Ces dérogations qui auraient dû être l’exception sont devenues la règle dans la plupart des pays européens et notamment en France. Il est également impératif de faire pression sur les députés français pour qu’ils intègrent dans le droit français la stricte application des normes (hors dérogation), le principe pollueur-payeur et les règles instaurées par cette directive.


III. Faire appliquer sans attendre la Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA) et le Grenelle de l’environnement

La LEMA se fixe comme objectifs la limitation puis la disparition de tous les produits toxiques et le Grenelle de l’environnement la réduction de moitié de l’usage des pesticides en dix ans remplacé par l’agriculture biologique. Une représentation des usagers à l’ONEMA (Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques) doit être assurée et des mesures concrètes doivent être prises dès maintenant.


IV. Développer la recherche publique sur l’eau

La recherche publique doit rester indépendante et non soumise au principe des partenariats public-privé.

Nous refusons les chaires académiques Veolia et Suez à l’Université Montpellier 2. Nous refusons que les laboratoires de recherche publique du pôle de compétitivité Eau de Montpellier dépendent du financement par les entreprises privées et soit de fait sous leur contrôle.


V. Exiger une gestion publique de l’eau sous le contrôle des citoyens

L’eau, bien commun de l’humanité, ne peut être considérée comme une marchandise. Son accès est un droit universel et sa gestion doit être sous le contrôle permanent des citoyens. Les élus et l’ARS doivent respecter les obligations légales en matière d’affichage et d’information (internet). Les factures doivent comporter une analyse la plus complète possible de l’eau distribuée. Les Commissions Consultatives des Services Publics Locaux (CCSPL) doivent être mises en place et exercer leur rôle de relais de la population. Les usagers domestiques ne doivent pas être sous-représentés au sein des comités de bassin par rapport aux industriels, agriculteurs et institutionnels. Les usagers doivent être présents dans les instances décisionnaires des régies publiques. Ces conditions sont indispensables pour garantir une gestion de l’eau dans l’intérêt général et indépendante de l’influence des lobbies du privé.

La CCSPL de la communauté d’Agglomération de Montpellier a un rôle formel. La CCSPL ne comprend que quatre associations dont aucune n’est centrée sur la gestion de l’eau. Dans ces conditions, le transfert de compétence de la distribution de l’eau potable et de l’assainissement à la communauté d’Agglomération n’a fait que déposséder les citoyens de leur droit de regard sur la gestion de l’eau dans leur commune (d’autant que la communauté d’Agglomération souffre d’un déficit démocratique). Les usagers domestiques ne sont représentés au sein du comité de bassin Rhône-Méditerranée que par quelques associations (UFC, CFDT, UNAF, UDAF).